Miss Vicky Wine, le cru caché 2.0 du Beaujolais


Vins et Grands crus / mardi, février 19th, 2019

Miss Vicky Wine. « Une marque, un esprit, un concept » pas encore un business plan mais elle y travaille. Elle, c’est Anne-Victoire Jocteur Monrozier, 28 ans. Une pink lady version 2.0, wine bloggeuse, globe trotteuse du vin, « beaujoleuse » grâce à un papa néo-vigneron* à Fleurie (Château des Moriers) et organisatrice de wine tastings en France et à l’étranger.

Samedi 12 novembre 2011. La Geekette n’aura pas mis cinq minutes avant de tweeter, photo à l’appui, notre rendez-vous pris pour l’interview rue gentil à Lyon, au restaurant Délices et Sens.

Le concept Miss Vicky Wine ne s’arrête jamais. D’ailleurs, la Miss s’avoue un peu fatiguée par un emploi du temps très chargé et par des blogs qu’elle doit faire vivre quotidiennement.

C’est à l’occasion d’un stage dans une agence de presse, Pole Digital, qu’Anne-Victoire avait été encouragée à créer son premier blog.
« Mon blog Miss Vicky wine, en anglais, et sur lequel j’ai commencé à raconter mes aventures dans le vin était pour moi un support d’échange, de partage et aussi un souvenir de toutes mes aventures au fur et à mesure. Un peu comme une preuve pour moi, une espèce de memento de tout ce que j’ai vécu. C’est grâce à ce premier blog que je me suis rendue compte de l’impact que ça pouvait avoir ».
Un blog qui est depuis devenu la vitrine de sa marque sur internet.

« Le blog sur L’Express, Miss Vicky Wine, The wine touch, en français, poursuit-elle, c’est un media qui permet de partager, d’échanger, d’avoir des retours sur mon expérience et de divertir une communauté, de construire l’image d’un vin décomplexé, d’un vin qui réunit, d’un vin cool, d’un vin de plaisir ».

Au sortir de ce stage, en plein milieu d’une crise économique qui touche le monde en 2009, difficile de trouver un emploi. Anne-Victoire, master de Psychologie sociale et du travail en poche, lance alors les Miss Vicky wine tastings, des dégustations sur le mode after work qui rencontrent un franc succès à Paris, Londres, New York, Lyon ou Madrid.

Une activité de négoce en appui avec de jeunes vignerons

Dans le même temps, La miss commercialise quelques vins (Fleurie, Beaujolais nouveau, Côte de Provence, Mâcon blanc). Pour ce faire, elle cible de jeunes vignerons, sensibilisés aux réseaux sociaux du net et désireux de prendre le train du web en marche. Un échange de bons procédés en quelque sorte puisqu’elle leur apporte l’assurance d’un réseau sur la toile.

« Si on n’a pas cette communauté, on est tout seul. Et tout seul, il y a des choses que l’on n’arriverait pas à faire tout seul. Il faut du temps et tous les vignerons ne trouvent pas ce temps-là. Et puis il faut comprendre le côté pratique des réseaux sociaux, comment on rentre en conversation. »

La tentaculaire Miss Vicky Wine développe ainsi son activité. Les Tee-shirts et sacs « I’m cool I drink wine » associés à une silhouette féminine, verre à la main, en sont les prémices. « Parce que ce n’est pas qu’un produit, il y a toute une idée derrière ».

Les Vinocamps

Insatiable, la Miss a également lancé il y a 18 mois et en collaboration avec Grégoire Japiot , spécialiste du web communautaire, les Vinocamps. Une « non-conférence » gratuite basée sur le format barcamp et qui regroupe, sous forme d’ateliers traitant des problématiques liées au vin, à internet et aux réseaux sociaux, vignerons, journalistes, bloggeurs, communicants, experts et autres passionnés. Depuis juillet 2010, six vinocamps en Bourgogne, Languedoc, Bordeaux et Paris (dont fois dont le dernier cet été) ont déjà été organisés.

« Les jugements détaillés, sérieux et techniques » des jurys de dégustation

Passionnée, Anne-Victoire est présente dans les jurys de dégustation, comme dimanche dernier pour Le trophée Lyon Beaujolais nouveau, où elle découvre « les jugements détaillés, sérieux et techniques ». En comparaison à son éternelle quête du vin jouissif, elle se heurte à un « niveau de dégustation radicalement différent ».

Girly, mais pas que…

Bien établie dans son crédo événementiel, celle qui se définit comme un « Cobaye 2.0 » du social wine network en France cultive un branding très girly dans un monde très masculin. Si la blogosphère pousse aujourd’hui dans la lumière une population féminine qui affiche ses rapports décomplexés au vin, elle ne veut cependant pas perdre de vue son but premier : « la recherche du vin plaisir ».
Autour des femmes, « il y a comme une espèce d’overdose lance-t-elle. Je n’ai pas envie qu’on me catalogue parce que je suis une femme. Alors, oui, je l’ai peut-être bien cherché avec mon côté « girly » mais ce côté rose bonbon avec des femmes qui se réunissent, on en fait trop. Ça amuse les garçons et donne aux filles une raison d’être. Mais c’est vrai qu’elle parle du vin différemment ».

Pas encore de quoi en vivre

Seulement, la Parisienne d’adoption ne vit pas de ses myriades d’activités liées au vin. Elle s’apprête même à s’expatrier à Bordeaux. « J’accepte de ne pas gagner ma vie car je m’estime encore en formation. Je philosophe mais c’est dur… Mais je n’ai pas envie de la gagner en faisant n’importe quoi. J’ai investi « 0 » dans ma marque et tout ce que je gagne, je le réinvestis dedans.»

Du Beaujolais à Bordeaux en passant par Paris

Celle qui ne voulait pas s’arrêter au Beaujolais, s’était donc exilée à Paris – « où l’on ne boit que du brouilly » – pour défendre les couleurs fruitées des fleurie et consorts. « Parce que c’est plus facile de le faire à Paris qu’à Lyon. Lyon et le beaujolais, c’est une vielle guerre… Si j’avais le courage, je serais à Lyon plus souvent pour militer ! Car le fondement de tout ce que j’ai fait c’est défendre ma région, mon terroir. Je le fais par détours pour revenir plus forte ».

Ainsi, 2012 pourrait être une année charnière pour l’activité de la Ducky girl (l’emblème de sa marque se compose d’un petit canard). « J’aimerai que ça n’arrive pas mais je pense que je devrais peut-être en faire moins sur mes blogs. Je vais davantage m’axer sur le vin ». Parce que c’est vital et qu’il faut bien gagner sa vie. Et parce qu’il sera probablement nécessaire de recentrer plus efficacement son branding. « Les gens confondent mes qualités de communicante et de revendeuse », reconnaît-elle.
« Je suis rentrée chez Auchan, près de la frontière belge (180 bouteilles), au repaire de Bacchus (400), explique-t-elle évoquant quelques contacts avec le géant Cdiscount. Je veux que mes vins soient bus. Si je comptais sur les cavistes bobos parisiens, mon vin ne serait pas bu. »

Il ne lui reste désormais qu’à occuper de facto le terrain de la communauté beaujolaise. Et peut-être de manière moins virtuelle cette fois-ci.

Son père a repris l’exploitation familiale il y a six ans après une carrière effectuée en tant que contrôleur de gestion dans la presse.

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